En toutes choses, l’excès est funeste.

juillet 2nd, 2004

Ca sera peut-être une surprise pour certains, pour d’autres non. Après avoir, pendant plusieurs années, essayé de proposé un son sincère et intègre, qui s’adressait avant tout au dancefloor et, si possible, au dancefloor libre et gratuit, l’heure est venue de se poser quelques questions.

Que reste t-il d’un mouvement qui se voulait ouvert, libre, culturellement riche et novateur ? Ne sommes nous pas tous tombés dans TOUS les travers que nous avions tant décriés ? Le bilan est, à mes yeux, catastrophique.

La drogue, qui devait nous permettre de vivre le son sous une autre dimension, d’ouvrir notre conscience, n’a fait, la plupart du temps, que nous aveugler et nous faire accepter des disques, des sets, des shows d’une qualité pitoyable sous prétexte qu’ils étaient gratuits. La racaille se barre à 4h du mat’, les poches bourrées des billets que nous lui avons filé pour des produits daubés et va, avant de partir, péter les vitres d’une ou deux bagnoles histoire de rentabiliser un peu plus sa nuit de travail.

En conséquence, le son délivré par les sound systems est totalement formaté et sans âme. Une succession de sons samplés dans des dessins animés et de kicks empruntés à d’autres. On chercher à copier indéfiniment ce qu’on a entendu lorsqu’on était de l’autre côté du son. Il n’y a qu’à se rendre dans les pseudo-teknivals (organisés à des dates et dans des lieux prévus des mois à l’avance avec l’aval de l’Etat et de la police) pour s’en rendre compte. 80 sons qui jouent grosso modo les memes disques, avec plus ou moins de brio, mais plus de son jouant du hip hop, de la jungle, drum n’ bass, electro, techno… D’ailleurs personne n’en voudrait…

J’ai du mal à cacher ma déception, moi qui suis, à la base issu de la techno des clubs de Belgique, j’ai trouvé bien plus d’ouverture d’esprit dans mon milieu d’origine que dans celui des « free » parties. L’uniforme kaki, les piercings dans la casquette, le fourgon et le pitbull sont la « tenue correcte exigée » du parfait teufeur, et malheur à celui qui osera un peu de fantaisie (« sale clubber, espèce de gay »)… et la belle solidarité, l’esprit de cohésion, l’appartenance à une culture, elle sont où ?? Un mec crève d’une overdose sur le chemin, et tout le monde s’en fout. Les donations sont devenues obligatoires, y a même plus moyen de filer une boulette de shit pour rentrer.

Et je ne vous parle pas de l’écologie et du soi-disant respect qu’on est tous sensé avoir envers mère nature. Quand je vois les dépotoirs qu’on laisse derrière nous, je comprend qu’on ait envie de nous empêcher de recommencer…

putain mais où va t-on là ?

Les plus jeunes ne comprennent pas et se disent « encore un vieux de la vieille aigri », je dirai c’est normal, quand on a rien connu de mieux, on se contente du pire. Je n’ai connu le mouvement free party qu’en 2000 c’est à dire alors que le mouvement était déjà sur le déclin. Néanmoins en 4 ans, j’ai vu les choses prendre des proportions déraisonnables. La teuf n’est plus vraiment une fête, c’est devenu une petite société avec ses codes et ses règles ultra rigides, ses chefs, ses idoles, ses stars, ses bien-penseurs, ses esclaves, son indifférence.

Tout est foutu ? Bien sûr que non. Tant qu’il y a du beat, il y a de l’espoir. Des minis sound systems poussent ici et là, jouant uniquement pour les amis, dans une ambiance cordiale où tout le monde peut laisser sa bagnole ouverte et faire confiance… De toute façon l’underground ca a toujours été ça. Pas des mégas sound systems qui pressent à 5000 exemplaires et dont on trouve les compils sur CD chez Auchan. Je n’ai rien contre le système commercial, comme je l’ai dit, je suis issu de techno de club donc c’est une philosophie que j’accepte, d’autant plus que la production est souvent à la hauteur. Mais le système underground et le système commercial sont deux choses différentes. Je suis écoeuré de voir ces fabriquant de fringues et de matos ou ces labels pachydermiques s’auto attribuer la mention « underground » comme si c’était un label rouge. Comme si, en pressant à 5000ex ou en alignant des systèmes de 60kW on pouvait prétendre à quoi que se soit d’underground… Tout ça n’est plus qu’une foire au pognon, les plus rapides et les plus malins seront les mieux servis.

Donc voilà. C’est fini pour moi. Pourquoi continuer à faire du son pour le dancefloor quand on a plus envie de le voir se remuer justement ? Allez, on va dire que l’âge y est p’tet aussi pour quelque chose… va savoir… Passer des disques tranquillou à la maison avec des copains, c’est un délire qui me plait bien.

En attendant, je continue mon chemin électronique, à priori à forte influence UK, donc techno, drum n’ bass, electro… Un nouveau projet renaîtra bientôt des cendres de Frakass mais vous pouvez vous attendre à quelque chose de radicalement différent. Mais croyez moi, y a des morceaux de techno anglaise qui bourrinent sacrément plus que la soi-disant « hard »tekno Française. La vitesse ne fait pas tout…

Merci à vous pour m’avoir écouté et soutenu pendant tout ce temps.

Chauve
FRAKASS

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